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éducation Le ministre a visité un établissement catholique à Cholet, un geste inédit en pleine rentrée

Gilles de Robien brise un tabou en se rendant dans un collège privé

Cholet (Maine-et-Loire) : de notre envoyée spéciale Marie-Estelle Pech
[07 septembre 2005]

Les slogans sur la «liberté d'enseignement» scandés dans la rue lors de la «guerre scolaire» de 1984 face aux tenants d'un enseignement strictement public se sont tus depuis longtemps. Pourtant, hier, pour la première fois depuis quinze ans, un ministre de l'Education nationale a choisi de se rendre dans un collège privé en pleine semaine de rentrée. Et cela ressemblait encore à une audace.


Jusqu'ici, un consensus non écrit voulait que l'on évitât de trop parler du privé, histoire de ne pas froisser les puissants syndicats du public et les associations laïques. Luc Ferry et François Fillon avaient évoqué une visite de ce type, mais, faute de volonté ou de temps, cela ne s'est jamais fait. «La guerre scolaire est enterrée depuis bien longtemps», s'étonnait hier Gilles de Robien en entrant dans la cour de récréation du collège Saint-Joseph à Cholet, où des enfants l'ont bruyamment accueilli. «Si le ministre de l'Education ignore 20% de la population scolaire, voire plus de 40% dans certains départements comme le Maine-et-Loire, il ne fait pas son boulot», a-t-il ajouté. Quand son cabinet lui a proposé de se rendre dans un établissement privé, le ministre, qui a lui-même effectué toute sa scolarité dans l'enseignement catholique, a «très naturellement dit oui». Si critique il y a, «elles émaneront nécessairement de gens sectaires», assure-t-il.


Le privé, c'est aussi l'école de la République. Les enseignants sont payés par l'Education nationale et ils appliquent ses programmes. Cette visite peu ordinaire vient aussi rappeler la loi Censi, promulguée en janvier 2005, qui réaffirme le statut de droit public des enseignants du privé sous contrat et qui rapproche, en l'augmentant, le niveau des retraites des maîtres du privé de celui des enseignants du public.


La démarche que Gilles de Robien a entreprise hier est restée cependant symbolique, car il n'a pas été question de ce qui fâche l'enseignement catholique. Le privé, qui refuse des dizaines de milliers d'inscriptions pour la troisième rentrée de suite, faute de place, souhaiterait en effet que les postes d'enseignant soient répartis en fonction du nombre d'élèves. Dans l'entourage de Gilles de Robien, on précise cependant que la répartition actuelle, calquée sur les effectifs du public, a longtemps profité à l'enseignement catholique, qui avait connu auparavant dix ans de baisse de ses effectifs.


Cette année, Saint-Joseph – surnommé «Saint-Jo» à Cholet – commence à appliquer la loi d'orientation sur l'école comme l'enseignement public. L'ouverture de l'option «découverte professionnelle» en classe de troisième est apparue «très naturelle» à cet établissement habitué à accueillir des enfants de tous les milieux, explique Patrice Lucas, son directeur. Visites d'entreprises et stages d'observation y existent depuis des années. Comme au collège public Joachim-du-Bellay, visité un peu plus tôt dans la matinée par le ministre. La mise en place de cette nouvelle option était obligatoire dès la rentrée 2005, «autant que nécessaire», selon le ministère. Un tiers des collèges l'ont déjà mise en pratique. Tous devront la proposer à la rentrée 2006.

 

Cf. le point de vue de l'APEL du Lycée Sainte-Marie concernant la réaction des syndicats FSU, SGEN et UNSA suite à la visite de Gilles de Robien à Cholet

syndicats FSU SGEN UNSA