par classico2 » Ven 05 Mar 2010 14:33
Pour le vieux fini...
Le Cannabis piégé entre banalisation et diabolisation
La une des médias insiste sur le lien entre la consommation de cannabis et le développement de troubles psychiatriques graves. Alors que la France est le pays européen le plus répressif contre ce stupéfiant, il est dans le même temps celui qui comptabilise le plus de consommateurs. Ces études ont-elles un véritable impact sur les personnes concernées et leur questionnement quant à leur consommation ?
Lionel Jospin, alors premier ministre, avait créé une polémique en déclarant qu’il valait mieux fumer un joint dans son canapé que de prendre le volant après avoir bu. La phrase n’était pas très fine, s’il voulait dédramatiser la consommation modérée de cannabis, on aurait pu retourner son affirmation en déclarant qu’il valait mieux boire chez soi que conduire sous l’emprise du cannabis. Cependant, la réaction de l’opinion publique fut assez révélatrice d’un tabou, ridicule quand on sait que chaque année l’alcool est responsable de 40 000 décès (selon le ministère de la santé), sans parler des dégâts psychologiques qu’il engendre (ivresses pathologiques, dépression, aggravation de troubles psychotiques) alors que le cannabis ne tue personne. Quand l’alcool est une drogue dure, le cannabis, lui, est, « doux ». Mais une drogue quand même...
Citons par exemple la dépêche parue dans le figaro : « Une consommation durable de cannabis augmente le risque de maladies psychiques telles que des psychoses, des hallucinations visuelles ou auditives et des délires, selon une étude australienne publiée lundi aux Etats-Unis.
Les chercheurs de l’institut cérébral de l’Université du Queensland ont interrogé 3.800 jeunes d’une vingtaine d’années sur leur consommation de cannabis et sur la survenue d’éventuels troubles psychiques.
Un peu plus de 14% d’entre eux ont indiqué qu’ils consommaient du cannabis depuis six ans ou plus. L’étude a établi que ces jeunes gens avaient un risque deux fois plus élevé de souffrir de psychoses comme la schizophrénie que ceux qui n’en ont jamais consommé.
Leur risque d’être victime d’hallucinations est également deux fois plus élevé et celui de délires quatre fois plus élevé. »
Étude relayée par de nombreux médias. En fait, loin d’être un scoop, le DSM-IV citait déjà cette réalité. Mais on met à la trappe une réalité bien plus intéressante : en réalité, n’en déplaisent aux journalistes amateurs de sensationnel, il existe un terme très important dans les critères diagnostics : Étiologie. Ce qui veut dire, en fait, que les personnes susceptibles de développer des troubles psychotiques ont un vécu qui peuvent les y mener. Et ce vécu en question entraîne dans la majorité des cas des comportements d’addictions (qui entre dans une logique d’évitement, de fuite face aux angoisses). Si la consommation de cannabis entre dans les facteurs favorisants, elle est en réalité minoritaire.
J’ai, de mon côté, côtoyé un mois durant des consommateurs quotidiens. Nul besoin d’être psychiatre pour se rendre compte qu’ils ne présentaient pas de symptômes psychotiques. Cependant, le véritable problème de santé publique : la banalisation. Une phrase de l’un d’entre eux la plus révélatrice « le cannabis, c’est pas comme le tabac ou l’alcool, ça rend pas accro, mais il me faut mon pétard du soir sinon je dors pas ». Amateurs de psychologie, cela s’appelle le déni. Mais par-dessus un manque d’information sur le problème majeur du cannabis, le manque de modération ! Quand je leur ai parlé des risques de troubles psychotiques, ils ont ri. Quand j’ai abordé la question de l’isolement, du risque dépressif et de l’échec scolaire, ils furent d’accord à l’unanimité. L’un d’entre eux, qui n’osait pas parler devant ses amis, m’a confié « c’est vrai que je ne suis pas bien depuis la mort de ma mère, je me suis mis à fumer deux, trois, puis finalement je fume au moins douze pétards par jour, et je crois que ça me rend encore plus triste ».
Le véritable problème du cannabis est le même que pour l’alcool, c’est une question de modération.
La guerre contre les drogues en chiffres
208 millionsLe nombre d'adeptes de drogues illicites, dont 166 millions d'amateurs de cannabis.